EICOSANOIDES, PROSTAGLANDINES, ASPIRINE ET DOULEUR

Pris de LASER ABSTRACTS/I.R.FO.MED. Octobre 2001

* grec : eikosi : Vingt, Ils ont tous pour origine un acide gras à 20 atomes de carbone

L 'aspirine est un médicament exceptionnellement éclectique, l'unique médicament peut-être, ayant d'aussi grands avantages, à savoir que l' aspirine contrôle la fièvre, qu'elle facilite la prévention d'infarctus et d'ictus, qu'elle réduit l'inflammation, mais surtout qu'elle combat la douleur.

La douleur est souvent soignée au moyen d'analgésiques non narcotiques qui diminuent la douleur sans causer d'altérations au niveau de la conscience : l'aspirine est souvent efficace; on peut même la prendre par voie buccale et elle coûte peu. On l'utilise, comme thérapie de base, en raison de ses propriétés analgésiques et anti- inflammatoires, mais si le patient ne la tolère pas, on doit en suspendre l'administration pour passer à l'emploi d'analgésiques ayant des caractéristiques différentes.

Tous les médicaments anti-inflammatoires ont des effets collatéraux, tels que l'irritation gastro-intestinale, et peuvent avoir pour conséquence des réactions allergiques. L'aspirine peut aussi provoquer l'inhibition de l'agrégation plaquettaire, des dyspepsies, des hémorragies gastro-intestinales.

L'aspirine fut introduite sur le marché pharmaceutique, au début des années 1900, par Bayer, mais ce ne fut qu'à la fin des années 60 que le pharmacologue anglais John Vane l'étudia plus spécifiquement et qu'il découvrit que l'aspirine inhibe la production de toutes les prostaglandines, une sous-classe d'eicosanoïdes, dont la structure fut expliquée par Sune Bergstrom.

Par la suite, le suédois Bengt Samuelsson, du Karolinska Institut de Stockholm, comprit que l'une des prostaglandines pouvait devenir " nocive ". En effet, la G2 (PGG2) pouvait se transformer en un eicosanoïde appelé thromboxane A2 qui fait unir les plaquettes du sang et, de ce ce fait, forme des thrombus qui, s'ils s'agrandissent, peuvent occlure les vaisseaux sanguins et donc provoquer des infarctus ou des ictus.

Pour cette découverte, Samuelsson, Vane et Bergstrom obtinrent, en 1982, le prix Nobel de médecine.

De ce fait l'aspirine, en éliminant les prostaglandines, combat le précurseur du thromboxane A2, évitant ainsi la formation des thrombus et inhibe la production de la PGE2, qui est la prostaglandine médiatrice de fièvre et de douleurs. De cette façon, c'est-à-dire en agissant contre la cyclo-oxygénase (l'enzyme qui contrôle la production de toutes les prostaglandines), l'organisme ne produira aucun type de prostaglandine, ni bonnes, ni mauvaises, de sorte que la fièvre n'augmentera pas, qu'on ne sentira ni la douleur, ni rien de ce que les prostaglandines auraient provoqué. Tout ceci peut créer de grands dommages. En effet, si cette situation persiste longtemps, il s'ensuit même un affaiblissement du système immunitaire et il s'ensuit que l'acide arachidonique, resté actif, se transforme en leucotriènes, les médiateurs des allergies. C'est pourquoi, l'on peut devenir allergiques au médicament qui devrait nous soigner.

Tout le monde utilise essentiellement l'aspirine pour les douleurs quotidiennes, propres à chacun de nous, telles que maux de tête, fièvre, douleurs menstruelles. C'est le médicament, que les patients choisissent le plus communément, malgré les dangers qu'il comporte, et c'est rare que l'on aille chez le médecin sans l'avoir déjà essayé.

Si elle n'avait pas d'effets irritants sur la muqueuse gastrique, elle serait un excellent analgésique. Tels sont les 3 aspects de l'aspirine : analgésique, antipyrétique et anti-inflammatoire ; ces derniers se potentialisant entre eux et, de ce fait, il s'agit d'un médicament utile dans des conditions de dommage local et très efficace en ce qui concerne le contrôle des douleurs d'origine tissulaire et osseuse.

C'est pourquoi l'aspirine, inhibant toutes les prostaglandines, telles que la PGE1 (anti-inflammatoire) ou la PGE2 (inflammatoire), agit fondamentalement sur les mécanismes périphériques de la perception de la douleur, alors que les morphines et les endorphines agissent fondamentalement sur les mécanismes centraux. Inhiber toutes les prostaglandines, comme le fait ce médicament, n'est pas décisif, alors que déplacer l'équilibre en faveur de la PGE1 peut entraîner des phénomènes compensatoires qui peuvent viser à résoudre la cause de la douleur ; c'est-à-dire que nous, avec notre façon scientifique de raisonner, nous avons simplement un principe causal, alors que souvent dans la nature, le principe causal se croise intimement avec le principe téléologique, à savoir le principe finaliste (de telos = fin, but : la cible qui " attire la flèche ").

Par exemple : l'inflammation reconnaît des causes, mais aussi un principe finaliste, qui est la guérison, pour laquelle l'inflammation en question est conçue. Intervenir en faveur de la prostaglandine PGE1 (anti-inflammatoire) c'est fournir à l'inflammation même le point d'arrivée, c'est-à-dire la guérison. Etant donné que l'aspirine est un médicament qui prévient et soigne de nombreuses maladies, nous pouvons ainsi affirmer que les eicosanoïdes sont de très puissantes hormones, qui nous permettent de rester en bonne santé et que, sans eux, notre vie serait impossible.

Ceux-ci contrôlent d'autres hormones, telles que le glucagone et l'insuline, qui contrôlent les sucres dans le sang. Dans notre corps, c'est l'équilibre des substances, qui nous mantient en bonne santé, et les eicosanoïdes contrôlent le système qui règle cet équilibre ; on ne les connaît pas encore vraiment bien, du fait aussi qu'il s'agit d'hormones très complexes qui apparaissent, durent seulement quelques instants et qui ont de très basses concentrations. Nous savons que les premiers métabolites de l'acide arachidonique, qui se forme dans les cellules par phospholipase, sont les prostaglandines que l'on appela ainsi, lorsqu'elles furent découvertes, du fait qu'elles furent isolées dans le liquide séminal et qu'on croyait qu'elles étaient produites par la prostate. Par la suite, on découvrit d’autres métabolites et l’on identifia deux voies métaboliques : la cyclo-oxygénase et la lipo-oxygénase.

Les produits des deux différentes voies métaboliques sont appelés écosanoides. De ce fait, une molécule d'acide arachidonique peut être oxygénée avec une des deux voies métaboliques. Théoriquement, chaque cellule pourrait former des métabolites de l'acide arachidonique, mais chaque cellule a des tissus différents qui formeront des produits différents.

Les produits de la lipo-oxygénase sont les leucotriènes, qui augmentent la perméabilité vasculaire, provoquent bronchospasme, sont, semble-t-il, actifs sur les leucocytes, provoquent des allergies et des maladies de la peau. Les produits de la cyclo-oxygénase sont la thromboxane A2 et les prostaglandines G2. De même que la PGI2 (qu'on appelle aussi prostacycline), les prostaglandines sont aussi vasodilatatrices et inhibitrices de l'agrégation plaquettaire ou, comme la PGF2a très importantes pour le fonctionnement de l'appareil génital féminin, ou sont aussi, comme la PGE2, à l'origine d' inflammations, de douleurs et d'inhibition du système immunitaire.

C'est pour toutes ces raisons que nous avons l'habitude de dire qu'il existe de " bons " eicosanoïdes et de " mauvais " eicosanoïdes, mais il est évident qu'aucune substance n'est jamais totalement bonne ou mauvaise. Pour le démontrer il suffit de penser, par exemple, à l'agrégation plaquettaire. S'il existe trop de bons eicosanoïdes, ceux-ci empêchent cette dernière (mais si nous nous blessions, nous risquerions une hémorragie), s'il existe trop de " mauvais " eicosanoïdes, ceux-ci la favorisent (mais nous pourrions courir le risque d'un thrombus). Naturellement, la même comparaison est valable pour la tension artérielle, l'inflammation, la douleur, etc...

Le rapport entre les " bons " eicosanoïdes et les " mauvais " eicosanoïdes est modulé par l'enzyme d - 5 DESATURASE, pour laquelle, à son tour, des hormones telles que le glucagon et l'insuline tiennent lieu de médiatrices.

Pour mieux comprendre à quel point les " bons " eicosanoïdes sont importants pour notre organisme, du point de vue moléculaire, prenons, par exemple, la prostaglandine E1 (PGE1), qui dérive du DGLA (acide-di-homo-gamma-linolénique) et voyons quelques-uns de ses effets :

- Dilater les vaisseaux sanguins, inhiber l'agrégation plaquettaire et, par conséquent, combattre l'artériosclérose.

- Stimuler la sécrétion d'hormones de certaines glandes.

- Contrôler le relâchement de lymphokines et d'histamine.

- Réduire la douleur et combattre les inflammations.

A partir de tout cela, nous pouvons comprendre l'importance de la nourriture, que nous absorbons tous les jours, pour nous maintenir en bonne santé. Les matières premières pour produire les eicosanoïdes sont les AGE, c'est-à-dire les acides gras essentiels auxquels dans notre diète nous ne pouvons pas renoncer, du fait que l'organisme n'est pas en mesure de les synthétiser.

Les AGE se divisent en deux catégories : Oméga 3 et Oméga 6. Les eicosanoïdes, qui proviennent des Omega 6, sont précurseurs aussi bien de bons que de mauvais eicosanoïdes, alors que ceux de Omega 3 sont neutres.

Les eicosanoïdes se forment à partir d'un acide présent dans de nombreux légumes et dans de nombreuses céréales, l'acide linoléique (AL), qui est transporté dans les cellules par les lipoprotéines à basse densité (le cholestérol LDL, considéré " mauvais ") ; après quoi, dans les cellules, cet acide se transforme par l'intermédiaire de l'enzyme d - 6 - désaturase et devient l’acide gamma-linolénique (GLA), que l'on trouve très rarement dans la nature, mais qui permet la synthèse des eicosanoïdes bons et mauvais. De ce fait, il est important que, dans notre diète, il y ait des acides gras essentiels omega 6, qui permettent une formation adéquate de GLA, suffisante pour notre organisme.

On a constaté que le vieillissement commence après 30 ans, que l'enzyme d - 6 - désaturase devient moins active et que se réduit, par conséquent, la production d'eicosanoïdes ; il se peut que bon nombre de maladies des personnes âgées soient dues à la carence d'eicosanoïdes.

Si le GLA s'avère être suffisant, il est nécessaire qu'il se convertisse en Acide di-homo gamma-linolénique (DGLA) car, à ce stade, ce dernier se tranforme en bons eicosanoïdes tels que la PGE1 et en mauvais eicosanoïdes tels que l'acide arachidonique. Cet équilibre est contrôlé par l'enzyme d - 5 - désaturase, laquelle, produit d'autant plus d'acide arachidonique qu'elle est active ; par conséquent, il est important de réussir à produire plus DGLA et moins d'acide arachidonique, afin d'avoir plus de bons que de mauvais eicosanoïdes.

Par conséquent, nous pouvons affirmer que les vrais protagonistes, qui règlent la production d'eicosanoïdes, sont l'acide linoléique (AL), l'acide gamma-linolénique (GLA), l’acide di-homo gamma-linolénique (DGLA), l’acide arachidonique, d - 5 ­ Désaturase et d ­ 6 - Désaturase . Il faut ajouter à ces derniers, un autre acide gras essentiel, à savoir l'acide eicosapentaenoïque (EPA), qui fait partie des Omega 3, qui règle les deux enzymes d - 5 et d - 6 - désaturase et qui empêche, surtout, l'activité de l'enzyme d - 5 désaturase, qui, comme nous l'avons vu, a pour conséquence la production d'acide arachidonique. Cet acide gras essentiel se transforme en eicosanoïdes neutres, mais sert à arrêter la production des mauvais eicosanoïdes.

Nous pouvons déduire, de tout ce qui précède, qu'être en bonne santé dépend de la nourriture, que nous absorbons, et de l'équilibre que nous obtenons en modulant les substances que contiennent les aliments. Les graisses alimentaires sont la source d'absorption d'acides gras essentiels (AGE), c'est-à-dire les briques qui composent les ecoisanoïdes ; toutefois, si nous consommons, par exemple, de l'acide alfa linolénique (ALA) en grande quantité, un Omega 3, que nous trouvons dans les graines de lin et dans les noix, nous bloquerons la production des bons et des mauvais eicosanoïdes, du fait que l'ALA entrave l'enzyme d - 6 - désaturase.

De même, il faut éviter les graisses dites trans- et, parmi les aliments, les huiles végétales partiellement hydrogénées, qui ont des effets négatifs sur le corps humain. En effet, ces dernières contiennent des acides gras du type trans-. Dans la nature, les molécules des acides gras insaturés ont une structure moléculaire dites cis-, que le travail industriel transforme en , nocive pour la santé de l'homme. Et c'est pour cette raison que nous ne devrions consommer que des huiles de première pression à froid, c'est-à- dire sans travail industriel.

D'autre part, les huiles traitées industriellement rancissent difficilement et sont beaucoup plus économiques mais, du point de vue biochimique, limitent l'activité du d - 6 - désaturase et, diminuant la production d'acide - gamma -linolénique (GLA), auront aussi pour conséquence la diminution des bons ecoisanoïdes.

De nos jours, connaissant la composition des différents aliments, nous pouvons donc choisir les aliments qui nous servent de base pour une excellente santé. Par exemple, nous savons que l'acide eicosapentaenoïque (EPA) est contenu dans certains poissons tels que le saumon, les sardines et les maquereaux. Leur huile serait excellente si elle était soigneusement épurée. En effet, nous savons que, outre le fait d'être polluée par des métaux lourds, la mer est devenue l'égoût du monde en raison de la présence de bactéries, de virus, de parasites et, aussi peut-être, de prions dérivant de selles humaines.

Etant donné que l'extraction de l'huile doit s'effectuer selon des méthodes souples afin de préserver les acides gras insaturés, perdure le doute que, un jour ou l'autre, certains de ces effets infectiologiques puissent apparaître dans la chaîne alimentaire humaine.

Les huiles de bourrache, de groseille et d'oenothère sont riches en acides gras insaturés. Elle sont presque identiques mais, d'après mon expérience personnelle et d'après l'emploi, qu'on en fait, sur le plan international, dans le domaine inflammatoire, je crois que l'huile d’Onagre (Oenothera biennis) possède des caractéristiques anti-inflammatoires supérieures aux autres huiles, ce qui est dû, probablement, à une charge enzymatique différente, dont nous connaissons peu de chose pour le moment. Naturellement, les autres aliments possèdent eux aussi ce type d'acides gras et, ce qui est vraiment important, c'est de maintenir un juste équilibre dans la diète, de façon à produire plus de bons ecoisanoïdes que de mauvais. En effet, l'équilibre favorable des ecoisanoïdes aura pour résultat ce que nous appelons " bien-être ".

Comme nous l'avons vu, les ecoisanoïdes sont aussi les plus importants médiateurs de la douleur et des inflammations. Les " mauvais " sont la PGE2 et le leucotriène B4 ; d'autre part, il y en a aussi des " bons ", tels que la PGE1, qui bloquent les médiateurs de la douleur. Les médicaments anti-inflammatoires contre la douleur ne bloquent pas le leucotriène B4, c'est pourquoi, on a besoin d'antidouleurs plus puissants tels que les corticostéroïdes.Toutefois, nous savons que ces médicaments en question ont de sérieux effets secondaires immunodépressifs. Si nous nous limitons à l'intervention pharmacologique, ceux, qui souffrent de douleurs chroniques, utiliseront ces médicaments ou continueront à sentir la douleur.

Pour cette raison, il est très important d'absorber, par l'intermédiaire de l'alimentation quotidienne, des acides gras polyinsaturés qui, avec leurs différentes transformations, favoriseront la production des " bons " eicosanoïdes.

L'équilibrage de la diète aura pour conséquence une plus grande quantité de prostaglandines anti-inflammatoires qui, par conséquent, serviront à inhiber la douleur.

 

INDEX